Développement des biocarburants dans le canton de Genève

 

Utilisation de bioéthanol pour les véhicules de la police genevoise

Conférence de presse du 19.01.2007, allocution de M. Robert Cramer, Conseiller d’Etat / Document original


Mesdames, Messieurs,

C'est avec beaucoup de plaisir que je participe aujourd'hui à cette conférence de presse organisée par le département des institutions et je tiens à remercier mon collègue, Monsieur le Conseiller d'Etat Laurent Moutinot, de m'avoir associé à cet événement.

Monsieur Moutinot a eu l'occasion de vous expliquer de manière très concrète les avantages de l'utilisation de bioéthanol (alcool produit par fermentation des végétaux) pour les véhicules de la police genevoise. Je tiens pour ma part à vous apporter quelques éléments de portée plus générale sur les biocarburants.

Pour commencer, il faut replacer cette problématique dans le contexte global de la politique énergétique de notre canton. Je vous rappelle ainsi que, en 1986, l'acceptation par le peuple de l'initiative populaire "L'énergie notre affaire" impliquait différentes modifications de notre Constitution, dont la plus connue est certainement celle concernant le refus de l'installation de toute centrale nucléaire sur le territoire cantonal. Mais l'initiative en question indiquait également que notre politique énergétique devait être fondée, entre autre, sur le développement prioritaire des sources d'énergie renouvelables et le respect de l'environnement.

Afin de concrétiser cette volonté, le canton de Genève s'est fixé des objectifs chiffrés pour 2010 dans sa Conception Générale de l'Énergie 2001-2005. Il s'agit notamment de réduire de 10% par rapport à 1990 la consommation d'énergies fossiles et de réduire de 8% par rapport à 1990 les émissions de CO2 dues aux carburants. Au niveau national, le Conseil fédéral a adopté en janvier 2001 le programme SuisseEnergie qui fixe des objectifs similaires pour 2010.

Etant donné que la mobilité constitue l'un des principaux postes de notre consommation énergétique, comment atteindre ces objectifs dans ce domaine où les potentiels d'économie sont importants ? Les premières mesures qui doivent être prônées concernent le développement de la mobilité douce (se déplacer à vélo ou à pied) et la réduction du transport individuel au profit des transports publics. Dans un deuxième temps, lorsque le recours à des moyens de transport individuels motorisés ne peut être évité, l'Etat a décidé de favoriser l'achat de véhicules les moins polluants (par le biais d'une exonération fiscale) et de promouvoir la méthode de conduite Ecodrive. Enfin, la promotion des biocarburants constitue un moyen supplémentaire pour atteindre nos objectifs.

Il faut en effet rappeler que les biocarburants, qu'ils soient produits à base de betterave, de colza ou de maïs, présentent deux intérêts majeurs :

  • Ils permettent premièrement une réduction de la production de gaz à effet de serre. Le bilan CO2 des biocarburants reste en effet globalement neutre, car la plante en absorbe par photosynthèse, lors de sa croissance et de son développement, une quantité équivalente à celle émise lors de la combustion.
  • Deuxièmement, le recours aux biocarburants permet d'économiser les combustibles fossiles dont, faut-il le rappeler, la raréfaction et l'épuisement sont inéluctables. Au-delà de ces deux avantages évidents, ces produits innovants permettent également d'assurer une certaine sécurité énergétique en matière d'approvisionnement, pour autant que le biocarburant en question soit produit localement. Ils constituent de plus une alternative intéressante pour nos agriculteurs, puisque, à l'heure où ces derniers sont à la recherche de nouveaux débouchés, le marché des biocarburants représente un important potentiel.

Les intérêts sont donc nombreux, mais ils ne doivent pas nous faire oublier certaines réserves :

  • Tout d'abord, et de même que pour toutes les autres formes de biomasse-énergie (dont le bois), il faut veiller à ce que la matière première soit de préférence d'origine locale ou, à tout le moins, produite dans des régions pas trop lointaines afin de minimiser au maximum les transports. Les cultures en question doivent également répondre à certains critères de durabilité, notamment en matière d'utilisation d'engrais et de pesticides, de recours aux OGM et de déboisement.
  • Deuxièmement, il ne faut pas que l'exploitation de cultures destinées à la production de biocarburants entre en concurrence directe avec l'agriculture vivrière. Une trop forte demande en la matière pourrait en effet entraîner un conflit "énergie/nourriture" et une hausse du prix des produits alimentaires.

C'est pour cette raison que le développement "durable" des biocarburants passe certainement par la valorisation des déchets verts et autres sous-produits de l'agriculture et de la sylviculture. Dans tous les cas, les conditions sociales et environnementales dans lesquelles la matière végétale est produite doivent être observées afin de garantir un bon écoblilan final du biocarburant. C'est pourquoi le département des institutions a conclu un contrat d'approvisionnement avec Alcosuisse (centre de profit de la Régie fédérale des alcools), qui assure une production indigène du biocarburant fourni à la police genevoise.

Actuellement, le biocarburant livré à Genève est encore acheminé depuis Neuchâtel mais des démarches sont en cours afin de trouver un distributeur local.

Je tiens à présent à m'attarder quelque peu sur le pourcentage de bioéthanol, qui je vous le rappelle se monte à 5%, incorporé à l'essence utilisée par la police. Il me semble en effet légitime que le grand public se demande pourquoi ce pourcentage n'est pas plus élevé. Voici quelques éléments de réponse à ce sujet.

Bien que l'on estime que le taux de biocarburant dans le mélange pourrait sans problème être porté à 10, voire 15% [1], il faut savoir que les constructeurs automobiles ne garantissent généralement leurs moteurs que pour des taux ne dépassant pas 5%. C'est pourquoi cette limite a été retenue dans le cas de la police genevoise. Au-delà de ces considérations techniques, il ne faut pas perdre de vue que, comme j'ai eu l'occasion de le relever précédemment, un recours immodéré aux biocarburants ne doit pas s'opérer au détriment de l'agriculture alimentaire. Pour illustrer ce propos, je vous apporterai les chiffres suivants qui ont valeur d'exemple [2] : on estime que, en France, pour remplacer tout le pétrole destiné aux transports par du biocarburant produit à base de colza, il faudrait utiliser 66% du territoire national (soit 232% de la surface actuellement cultivée). Avec de l'éthanol à base de betterave, on arrive à 23% du territoire national, soit 80% de la surface actuellement cultivée. Ces quelques chiffres démontrent clairement qu'il est illusoire de vouloir résoudre définitivement le problème de notre dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles grâce aux biocarburants. Ils nous rappellent également que ces carburants ne doivent pas être dilapidés sous prétexte qu'ils sont "bio". Encore une fois, la première des énergies renouvelables, c'est celle que l'on ne consomme pas !

Si les biocarburants ne constituent pas la panacée, ils permettent cependant de réaliser des économies intéressantes et de réduire la production de gaz à effet de serre. Dans le cas de la police genevoise, je vous rappelle que ces 5% signifient, concrètement et en une année, l'économie de près de 30'000 litres d'essence, soit une diminution des rejets de CO2 de 68 tonnes, ainsi qu'une économie financière annuelle d'environ 20'000.- CHF.

J'espère de ce fait que, progressivement, d'autres collectivités publiques ou entreprises privées vont recourir au biocarburant, tout en gardant à l'esprit les réserves émises précédemment, notamment en matière de provenance et de mode de production de ces produits. De gros potentiels existent en effet encore en termes de substitution des carburants fossiles puisque, actuellement, la part de marché des biocarburants dans l'Union Européenne n'est que de 0,8%. C'est pour cette raison que l'UE s'est fixé comme objectif de remplacer 5,75% du carburant consommé par du biocarburant d'ici 2010, et 8% d'ici 2020.

Avant de conclure, je tiens encore à vous signaler que les TPG ont effectué durant l'été 2006 une campagne d'essai de biocarburants (5% de biodiesel) très concluante sur certains de leurs véhicules. Ils envisagent désormais d'étendre cette politique à l'ensemble de leurs bus. J'encourage pour ma part toutes les entreprises qui disposent de flottes de véhicules d'une certaine importance à se lancer dans une telle démarche qui n'est, au final, pas très contraignante pour autant que l'entreprise en question dispose de sa propre logistique d'approvisionnement (citernes et pompes à essence). C'est pour cette raison que la police, avec son parc d'environ 700 véhicules et engins divers, a été la première, au sein de l'Etat, à franchir ce pas. Je souligne d'ailleurs qu'il s'agit de la première expérience de cette ampleur dans notre canton et que l'Etat fait ainsi preuve de précurseur en la matière.

Quant aux particuliers, ils peuvent également se mobiliser, puisque quelques stationsservice commencent à fournir ce genre de carburant novateur.

Pour terminer, je tiens à féliciter et à remercier toutes les personnes qui, au sein même de la police, ont investi du temps et de l'énergie pour mener à bien ce projet qui s'inscrit pleinement dans le cadre de la politique énergétique de notre canton. J'espère ainsi que, grâce à votre engagement, votre institution servira de modèle et d'exemple à d'autres entreprises.

Je vous remercie pour votre attention.


[1]

En région parisienne, la RATP utilise d'ailleurs depuis 2002 un mélange composé de 30% de biodiesel sur différents véhicules qui parcourent au total 1,8 millions de km par année. Certains constructeurs travaillent également au développement de nouveaux moteurs, capables d'accepter des proportions encore plus importantes de biocarburants. Saab commercialise par exemple depuis peu un véhicule qui utilise un mélange composé de 85% de bioéthanol et de 15% d'essence.

[2]

D'après Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, "Le plein, s'il vous plaît", Seuil, février 2006 (sur la base des données de l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME).



Expériences d'utilisation de biocarburants en Suisse

L'entreprise Serbeco
Article sur l'entreprise Serbeco dans Migros Magazine
La voirie de la ville de Carouge
Les transports publics genevois
La police genevoise
Développement des biocarburants dans le canton de Genève (conférence de presse du 19.01.2007)
 
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